SKATEBOARDING OVER 50: ERIC ANTOINE

En vieillissant, surtout quand on vous demande de plus en plus souvent si vous skatez „encore“, on finit par se questionner sur tout un tas de choses, en particulier comment ses congénères skateboarders de la génération X (1965-1980, que les Millenials et autres Gen Z qualifient bien souvent de boomers à tort) vivent cette petite crise existentielle. Le sujet avait été exploré virtuellement, il y a quelques semaines ICI, cela dit, le mieux était encore de poser la question aux intéressés.

FS feeble, 2026. Photo: Fabian Reichenbach

„ON AVAIT UN LIEN DIRECT, QUASI FAMILIAL.“

Date de naissance.
4 juin 1974.

Ton job actuel.
Je suis artiste photographe/peintre et commissaire d’exposition.

Combien d’années de skate dans les pattes ?
Je fais du skate depuis 38/39 ans.

Combien penses-tu qu’il t’en reste ?
J’aimerais bien skater jusqu’à mes 65 ans, donc encore plus de 10 ans. Je ne m’en lasse pas, au contraire.

T’as mal quelque part ?
Je me sens en super forme mais je traîne des tendinites au tendon d’Achille depuis 20 ans, c’était pire avant. Je me sens mieux maintenant qu’à 40 ans, je crois.

Tu fais du sport, des exercices ?
Je fais beaucoup d’étirements chaque jour et une routine de musculation au sol (callisthénie) et quand je peux de la natation libre. Je nage dans des lacs autour de chez moi. L’année où je l’ai beaucoup fait j’étais super bien sur mon skate et en pleine forme, j’attends le mois d’avril pour reprendre. J’ai arrêté de boire pendant sept mois il n’y a pas longtemps et je me suis rendu compte que tout allait mieux alors, même si j’aime bien plein de boissons alcoolisées, je suis très raisonnable avec ça. Si pas de tabac, pas d’alcool et une bonne alimentation peut me permettre de faire du skate alors le choix est facile.

Qu’est-ce qui était mieux avant ?
Avant j’avais plus de copains proches de moi pour faire du skate quasiment chaque jour, mais c’est une situation que j’ai choisie, Je ne me plains pas. J’ai appris à skater seul et c’est principalement ainsi que mes sessions se passent.
Dans le skate en général, j’aime bien la période dans laquelle nous sommes, Ce que j’appréciais dans les années 80 à mes débuts c’était aller dans une ville inconnue et croiser un skateur qui devenait instantanément un copain. On avait un lien direct, quasi familial. Je l’avais perdu à 20,30, 40 ans même mais aujourd’hui je le ressens avec les cinquantenaires qui continuent. Je suis allé a Santa Rosa, j’ai écrit avec l’un d’entre eux et il m’a accueilli comme si on se connaissait depuis toujours. Il y a un lien, une sorte de solidarité peut-être. Il y a un peu de tout en ce moment, chacun y trouve son compte. Par contre l’économie du skate va mal et ça n’est pas une bonne chose.

Crailblock, 2009. Photo: Nicolas Schneider.

Qu’est-ce qui était moins bien avant ?
La période où tout était cloisonné, où il fallait sauter, une sorte d’obligation de performance. Aujourd’hui le skate me paraît bien ouvert, drôle, et les plus jeunes font un peu de tout. Et puis aussi la mentalité qui était peut-être beaucoup plus fermée, c’était clairement moins bien avant. Les anciens sont souvent nostalgiques des débuts et de cette communauté qui était plus petite, plus unie, je pense que ça a à voir avec la période de nos vies, l’adolescence ou le jeune âge adulte que nous regrettons, mais c’était bien plus dur, bouché, exclusif avant. Il y en a pour tout le monde aujourd’hui et je regarde tout type de skate avec plaisir même si j’ai clairement mes préférences. Il y a les JO c’est sûr, mais j’ai l’impression qu’il y a bien moins de compétition au niveau local.

Le genre de spots que tu skates maintenant ?
J’aime plein de choses que je n’ai pas : les plans inclinés qui se slident, les petits spines, les bonnes mini-rampes (si rares), les petites courbes rigolottes, mais en ce moment je skate beaucoup de curbs parce que je ne fais plus trop de ollies et c’était une belle découverte de pouvoir faire de longs grinds bien bruyants comme en rampe ou en ledge mais sans efforts. J’apprends des tricks à bientôt 52 ans, je n’ai pas l’impression de stagner, et c’est grâce à cette pratique. Merci Jeremie, Pierre, Ben pour l’inspiration.

Tu skates à quelle fréquence ?
Je vis en montagne dans le nord-est donc le climat m’empêche de skater chaque jour. J’ai un park à la maison et un curb DIY pas loin donc je peux théoriquement en faire un peu tout les jours. En vrai je skate 1 ou 2 fois par semaine avec les copains quand la période le permet et un peu chez moi. Mon corps me permet de skater trois ou quatre fois par semaine sans problème.

Pivot fakie, 2006. Photo: Tura

Le dernier trick appris ?
Hier j’ai fait des frontside hurricanes sur des curbs. Je ne l’avais pas encore fait là-dessus.

Combien t’as de boards au mur, chez toi et laquelle tu ne vendras jamais ?
Deux je pense. Je pourrais toutes les vendre, je m’en fous. Elles sont là parce que ce sont des cadeaux.

Ton set up ?
Alors j’ai 8 planches complètes donc c’est une question difficile. Mais ma favorite en ce moment c’est une Into The Wild Jeremie Daclin Slick que Jérémie m’a offert à ses 53 ans avec du grip Pepper. Les trucks sont des Film large (165mm je crois), roulements Bones Reds super vieux qui font du bruit. Rails Film. et pour les roues j’ai des Spitfire Reynolds en 54mm 93A .

A quand remonte ta dernière session ?
Hier. 4h de skate. Le parking d’Intermarché. Je fuis les skateparks !

Plus de Eric Antoine chez Bubble skatemag ICI (interview photo et documentaire).

Merci à Nicolas Schneider et à Fabian Reichenbach (Irregular skatemag) pour les photos.

Pour soutenir son projet de troisième bouquin, c’est ICI que ça se passe.

Les autres cinquantenaires sont ICI et .

Related posts: