Un documentaire indispensable en 6 parties, par Olivier „Tavu“ Ente en collaboration avec Zeropolis : « Une carte postale envoyée au skate lillois (et au skateboard en général). Avec un mot d’amour derrière. »
Texte par Tura

Le monde se divise en deux catégories : les opportunistes et les autres. Si la liste des skateurs pouvant figurer dans le première catégorie est longue, on n’y trouverait certainement pas le nom d’Olivier Ente. Originaire du Nord de la France, ayant eu ses petits moments de gloire (une couverture de Sugar en 2003 notamment), artiste confirmé mais pas forcément assumé, Olivier s’est installé à Paris il y a une dizaine d’années, sans jamais oublier d’où il vient et ce qui l’a construit.
1993. Quelques modules posés sur une dalle au milieu d’un parc à Armentières (59) lui filent le virus : « Une petite aire de street France Rampe bien désuète aujourd’hui, mais qui représente aussi toute une époque. On se contentait de peu… ». Sans le savoir, ce spot et ses premiers tricks vont le pousser à partir à la découverte des spots alentour, affiner sa curiosité, développer son sens créatif et provoquer nombre de rencontres fortuites.
Trente ans plus tard, Olivier a cette envie irrépressible de raconter l’histoire des spots et événements qui ont marqué sa région, la scène, sa vie. Il sollicite alors tous ceux qui y ont laissé leurs empreintes, que ce soit en tant que skateurs, filmeurs ou photographes : « Je suis parti là-dedans sans trop réfléchir. Pas avec cette idée projetée de faire un documentaire, de penser au matériel ou à une production plus ambitieuse... », et commence à creuser dans l’histoire du skate lillois, en partant de la sienne.
Habité par une humilité rare dans un monde où l’égocentrisme est la norme, il finit par se convaincre que le seul moyen de rendre digeste toutes ces archives est d’y incarner le fil conducteur et d’y prêter sa voix. Il cherche, trouve et remonte aux origines des spots lillois et même de certains spots parisiens mythiques, y parle (beaucoup) d’architecture, d’expériences sociales, artistiques, philosophiques voire anthropologiques : « Il y a plein de choses que je ne dis pas explicitement mais qui sont sous-jacentes. Ce que représente un spot. Que ce soit cette petite aire de street, un park ou une plaza, ce qui fait sa valeur ce sont surtout les moments qu’on y passe et qu’on y partage. »
Ça dure presque quatre heures en tout, c’est copieusement documenté, bien ficelé et finement mis en musique. « Ça s’est fait comme ça, j’ai simplement essayé de faire du mieux possible avec le peu de moyens que j’avais à disposition. Et ça aussi, c’est un truc que le skate nous a appris. » C’est passionnant, et on se dit que toutes les scènes mériteraient le même travail.
Bref, 93 STILL apporte une solide pierre à l’édifice branlant du skate sans cesse récupéré et vidé de sa culture par des marques et des influenceurs véreux, en offrant un regard inédit sur ce qui a modelé la scène lilloise, et plus largement française.
Merci pour la carte postale, Olivier !
Les épisodes 1 et 2 sont en ligne ICI et LÀ, les suivants sortiront tous les mercredi sur la chaîne YouTube de Zeropolis Skateshop.
