J’avais une vague idée de la Bretagne. Rennes au milieu, Nantes au sud, St Malo au nord, Brest au bout. Les crêpes (qu’on appelle galettes de blé noir ou de sarrazin selon l’endroit où vous vous trouvez) la mer, et la forte la densité de bars et d’abattoirs (n’y voyez pas de corrélation) composaient ma carte postale bretonne.
Par David Turakiewicz
Début juin, je me suis retrouvé sur une plage du Finistère, à Plovan. Surfeur occasionnel et citadin habitué à passer mes vacances en montagne, j’ai été surpris par la beauté et la richesse du paysage linéaire et désertique.
Quelques silhouettes au loin, très loin, l’image floue d’un bateau dessiné à l’horizon, et pas un arbre à moins d’un ou deux kilomètres. De quoi prendre, un peu, la mesure de l’immensité du monde et de la place qu’on y occupe.
Le no-mans land qui sépare la plage de la terre cultivée et urbanisée est laissé aux animaux, sauvages et domestiques (des chevaux ou parfois des vaches).
Les sentiers sont balisés mais peu fréquentés. Les dunes, les amoncellements de galets et les bruyères sont surveillés, entretenus par endroits mais accessibles. Il est recommandé de ne pas s’y aventurer afin d’y laisser ce qu’il reste de naturel s’y épanouir.
En montagne ou sur la plage, les balades sont méditatives. J’arrive facilement à ne plus penser au tumulte de la vie active et à me laisser bercer par celui de la nature. Ici les vagues et les marées, le vent.
En marchant j’ai tendance à essayer de trouver des traces de vie passées ou présentes dans ces écosystèmes qu’on sait fragiles.
Immobiles, des bunkers s’enfoncent dans le sable. 80 ans d’assauts salés quotidiens ont à peine entamé leur peau rugueuse. Ils font désormais partie du paysage et mélangent Histoire et géographie.
Leur géométrie dégage quelque chose. Leur solidité, leur poids, leur objectivité.
Dès mes premiers pas sur la grève, j’ai vu les déchets plastique. Des bouts de ficelles vert fluo le plus souvent. Parfois des morceaux de palettes en bois dont le chargement est probablement au fond de la mer. Le vert du plastique tranche avec la minéralité des lieux, il est partout.
Ce sont des morceaux de filets. Je me demande pourquoi il y en a autant.
J’en ai ramassé la veille mais cette fois, je les prends en photo. J’ai envie de témoigner d’un truc. Quelles conséquences autres que visuelles cela a-t’il ? Les animaux les ingèrent-ils ?
Parfois, je tombe sur des macareux raides, avec à la patte une cordelette verte nouée. La LPO m’informera plus tard que celle-ci indique leur recensement. 45000 individus se seraient échoués l’hiver dernier à cause des tempêtes répétées. Ils ne se sont pas accrochés eux-mêmes dans ces filets comme je l’avais imaginé.
Après quelques recherches, je constate que paradoxalement, ces fragments et ces cordelettes peuvent aussi provenir de filets anti-pollution ou anti-érosion assez similaires. Je n’en ai pas vu.
Les filets de pêche attrapent tous les poissons, sans distinction. Seule leur taille leur permet parfois de passer entre les mailles. Ces filets se déchirent et se réparent.
Je me demande si les pêcheurs les rejettent volontairement à l’eau une fois hors d’usage, ou s’ils ont des remords quand ils sont obligés de laisser derrière eux ceux qui se sont accrochés au fond. Dans tous les cas, c’est encore une bonne raison de ne pas manger de poisson.
Ce jour-là, il faisait gris. Je suis allé marcher sur la plage.
